Arnaud : cinq mois de courage, de soins… et d’espoir

Arnaud : cinq mois de courage, de soins… et d’espoir

20 août 2026

Lorsque Arnaud Laganière est arrivé à l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME), le 6 janvier dernier, son pronostic était extrêmement incertain. Victime d’un incendie qui a ravagé la maison familiale à Champlain dans la nuit du 5 au 6 janvier, le garçon de 12 ans présentait des brûlures couvrant près de 90 % de son corps.

Son père Laurent, sa mère Geneviève et ses deux frères Eli et Théo ont eux aussi été blessés. Alors que les parents ont été pris en charge au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, Arnaud et son plus jeune frère Eli ont été transférés à l’HME.

« Les premières semaines, notre objectif n’était pas seulement de traiter ses brûlures. Notre priorité était qu’il survive », explique Shannon Burns, infirmière praticienne spécialisée en soins des grands brûlés au sein de l’Unité de soins intensifspédiatriques (USIP) de l’HME. « Une brûlure de cette ampleur est une blessure extrêmement grave. Pendant le premier mois, tout était centré sur la survie, le soutien de ses organes et la stabilisation de son état. »

Une mobilisation hors du commun

Au fil des semaines, une impressionnante équipe multidisciplinaire s’est mobilisée autour d’Arnaud. En cinq mois, pas moins de treize interventions chirurgicales ont été réalisées. Après plusieurs interventions visant à retirer les tissus endommagés, l’équipe a utilisé différents types de greffes cutanées, dont une peau cultivée en laboratoire à partir de biopsies prélevées chez Arnaud. Pendant toute son hospitalisation, le contrôle des infections est demeuré une priorité constante, puisque les risques sont particulièrement élevés chez les grands brûlés.

Nutritionnistes, pharmaciens, physiothérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, spécialistes en réadaptation, conseillères en milieu de vie pédiatrique et bien d’autres professionnels ont travaillé de concert, se rencontrant régulièrement afin d’ajuster le plan de soins.

« Mon rôle était d’assurer cette continuité, de mettre en place et d’adapter les dif-férents plans de traitement, de coordonner tous les intervenants et d’être un point de repère autant pour Arnaud que pour sa famille », explique Shannon. Malgré la gravité de ses blessures, Arnaud a déjoué les pronostics : aucune infection majeure n’est venue compromettre sa guérison et toutes ses greffes ont bien pris.

« J’ai cru le perdre deux fois »

Pour son père Laurent, les souvenirs de cette période demeurent flous. « Je vivais au jour le jour, voire même d’heure en heure, des fois. J’ai cru perdre Arnaud deux fois en l’espace d’une semaine. Janvier a été un mois très difficile. Pourtant, je ne réalisais presque pas à quel point la situation était critique. C’est seulement en quittant les soins intensifs que j’ai compris à quel point Arnaud était passé près de mourir. »

Pendant que l’adolescent luttait pour sa vie à l’USIP, le reste de la famille se remettait également de blessures graves. Sa mère, Geneviève, souffrait notamment d’une fracture cervicale, d’une thrombose et avait dû subir une chirurgie à la mâchoire.

Tout au long de cette épreuve, l’équipe soignante est devenue bien plus qu’un groupe de professionnels. « Ils aimaient mon enfant comme si c’était le leur. Je pouvais reprendre la route vers Champlain en sachant qu’il était entre les meilleures mains », raconte Laurent.

Il se souvient particulièrement d’un geste posé par une infirmière. « Une journée où Arnaud avait de la peine, Nubia est sortie pendant sa pause pour aller lui acheter sa tablette de chocolat préférée. Des petits gestes comme ça, il y en a eu beaucoup, et ils ont fait toute la différence. »

Une résilience qui a marqué toute une équipe

Pour Shannon, ce n’est pas seulement la gravité des blessures qui restera gravée dans sa mémoire, mais surtout l’attitude d’Arnaud. « Tout le monde était impressionné par sa résilience. Même lorsqu’il devait accomplir des choses que bien des adultes auraient trouvées insurmontables, il restait motivé. »

Elle se souvient encore du jour où l’ado-lescent était convaincu qu’il ne réussirait jamais à passer du lit au fauteuil. Pourtant, avec un peu d’encouragement, il y est arrivé. « Plus tard, lorsqu’il a recommencé à marcher, je lui ai rappelé : “Tu te souviens quand tu me disais que tu n’y arriverais jamais ?” Son petit sourire disait tout. »

Malgré des semaines où il ne pouvait presque pas bouger, Arnaud est demeuré patient, poli et déterminé. Les journées plus difficiles faisaient parfois place à l’humour. « On reconnaissait que c’était difficile, et c’était correct. On riait quand même. L’humour a aussi fait partie du processus de guérison », partage l’infirmière praticienne.

Réapprendre, un pas à la fois

Après plusieurs mois aux soins intensifs, puis sur l’unité d’hospitalisation, le parcours d’Arnaud se poursuit maintenant en réadaptation. Réapprendre à marcher, monter des escaliers, aller chercher un verre d’eau seul : chaque geste est redevenu une victoire.

Amateur de musique avant son accident, il apprend maintenant la guitare dans son centre de réadaptation, basé près de Champlain. « Il y a à peine quelques semaines, il était incapable de bouger. Aujourd’hui, son autonomie progresse à une vitesse impressionnante. Je suis fier », souligne Laurent.

Une célébration remplie d’émotion

Après plus de cinq mois d’hospitalisation, le départ d’Arnaud a donné lieu à une célébration bien spéciale. Pour l’équipe de l’USIP, il était important de souligner tout le chemin parcouru par le jeune homme.

« Au début, nous ne savions même pas s’il survivrait. Voir jusqu’où il est rendu, après tous les obstacles qu’il a surmontés, est incroyablement gratifiant », raconte Shannon.

Son père garde une immense reconnaissance envers tous ceux qui ont accom-pagné son fils. « J’aurais préféré ne jamais avoir à rencontrer les membres du personnel de l’HME, mais je suis tellement heureux que vous ayez été là. Je suis convaincu qu’il n’existait pas de meilleur endroit au monde pour soigner mon fils. Les compétences des équipes sont extraordinaires, mais au-delà des soins, je me suis senti soutenu tous les jours. Même lorsqu’ils étaient débor-dés, ils trouvaient toujours le temps de nous rassurer et de répondre à nos questions. »

Aujourd’hui, Arnaud continue sa réadaptation avec la même détermination qui a impressionné tous ceux qui l’ont côtoyé. Lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite faire plus tard, sa réponse surprend rarement ceux qui l’ont accompagné pendant ces cinq mois : il veut travailler dans le domaine de la santé, peut-être en tant que physiothérapeute.

Une façon bien à lui de redonner un jour ce qu’il a lui-même reçu : des soins de qualité, mais surtout une profonde humanité.

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