Denise Kudirka, la Dre Laurie Plotnick et Kelly Cummins faisaient partie du comité chargé de mettre en place la salle de distraction au service des urgences pour les patients et leurs familles.|

La salle de distraction aux urgences

21 août 2026

Quand l’art contribue aux soins des patients

Une salle de traitement au service des urgences de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) a été transformée l’an dernier en un espace orné de murales colorées représentant des oiseaux et des fleurs sur fond de panorama montréalais. Connue sous le nom de salle de distraction par l’équipe des urgences, cette pièce constitue un véritable havre de paix au cœur du département. Elle joue également un rôle important dans les soins aux patients et son aménagement est le fruit d’une rencontre entre la science et l’art.

La Dre Laurie Plotnick, pédiatre à l’urgence de l’HME et directrice du département de 2019 à 2024, est l’une des principales personnes à l’origine de ce projet. En 2017, Dre Plotnick et Dre Jessica Stewart ont participé à une conférence aux États-Unis sur la douleur et la sédation, où l’une des présentations portait sur la création d’environnements sécurisants pour les enfants devant subir des interventions à l’urgence. Elles ont alors examiné les publications scientifiques démontrant les bienfaits des techniques de distraction pour réduire la perception de la douleur. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer une salle de distraction à l’HME.

La salle de distraction dispose également d’un chariot Snoezelen (à droite sur la photo), une unité multisensorielle mobile qui peut aider les enfants présentant différents besoins sensoriels.

En 2019, les Dres Plotnick et Stewart ont présenté une proposition à la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants et ont finalement obtenu le financement d’un donateur intéressé. « Nous étions très reconnaissantes de pouvoir compter sur le soutien de la Fondation de l’HME, explique la Dre Plotnick. Nous avons immédiatement entrepris le projet et sollicité la contribution de différents intervenants. »

Parmi eux figuraient Valerie Frost, de la Fondation de l’HME, les membres de la direction des soins infirmiers, Violaine Vastel, Denise Kudirka et Kelly Cummins, Annette Ridenour, de l’entreprise Aesthetics, qui avait participé au projet de la salle d’attente à l’urgence, ainsi que l’illustratrice Josée Bisaillon.

« L’aire de réanimation de l’urgence compte six salles et nous en avons choisi une pour en faire un projet pilote, explique Kelly Cummins. Nous pouvons y effectuer une réanimation, mais nous y réalisons également de nombreuses interventions. Nous avons rencontré Josée à plusieurs reprises durant la phase de planification. Nous voulions créer un environnement attrayant pour tous les âges, interactif et représentatif de Montréal. »

Des bienfaits à long terme

Lors d’une journée typique à l’urgence, de 40 à 50 patients peuvent avoir besoin d’une intervention douloureuse ou génératrice d’anxiété, comme une prise de sang, une ponction lombaire, une répara-tion de lacération, la pose d’un cathéter intraveineux ou même le port d’un masque pour traiter une crise d’asthme. L’objectif de l’aménagement était de créer un environnement à la fois apaisant, stimulant et capable de rejoindre un large éventail de patients. Le comité souhaitait concevoir un espace qui répondait aux besoins de personnes de tous horizons, de tous âges, ayant des capacités de déve-loppement et des expériences variées.

Les concepteurs souhaitaient également que cet environnement soit accueillant pour les adultes qui accompagnent leur enfant. « Les interventions que nous réalisons peuvent aussi être une source d’anxiété pour les parents et les proches aidants, souligne la Dre Plotnick. Ils sont inquiets de voir leur enfant subir une procédure douloureuse ou effrayante. Or, les études scientifiques montrent claire-ment que différents types d’œuvres d’art et d’outils de distraction réduisent la per-ception de la douleur et de l’anxiété, tant chez les patients que chez leurs proches. »

Bien plus qu’il n’y paraît

Dans la salle de distraction, peu importe où l’on regarde, il y a toujours quelque chose à découvrir. Les murales colorées, réalisées sur un matériau approuvé en matière de prévention et de contrôle des infections et facile à nettoyer, recou-vrent les murs ainsi qu’une partie du pla-fond, offrant de nombreuses possibilités d’interaction.

Danae Lim-Cesario, conseillère en milieu de vie pédiatrique, montre comment les éléments interactifs d’une tablette donnent vie aux images projetées sur le mur.

Par exemple, les infirmières et les médecins peuvent demander à un patient :« Combien vois-tu d’oiseaux? » ou « Peux-tu trouver le ballon rose? », tout en se concentrant sur l’intervention en cours. Ils peuvent également inviter les parents à faire le même exercice avec leur enfant.

La salle comprend aussi une composante interactive. Les deux conseillères en mi-lieu de vie pédiatrique du département, Danae Lim-Cesario et Veronica Chan, utilisent des tablettes qui permettent d’animer les murales et de donner vie à certaines illustrations. Les utilisateurs peuvent faire voler les oiseaux ou afficher sur la tablette des dessins en noir et blanc inspirés des illustrations murales, puis les colorier. Danae et Veronica adorent tra-vailler avec les fresques murales et précisent que les ressources et les outils mis à disposition dans la salle leur permettent d’accompagner à la fois les patients et leurs parents, en contribuant à réduire le stress et à optimiser leur capacité à faire face à la situation.

La salle de distraction est également équi-pée d’un chariot Snoezelen, une unité multisensorielle mobile comprenant un tube à bulles, des fibres optiques changeant de couleur et des lumières d’ambiance. « Ce chariot est particulièrement utile pour les enfants ayant des besoins sensoriels particuliers, notamment les enfants autistes ou présentant un retard du développement », explique la Dre Plotnick.

La Dre Plotnick souligne que l’expérience vécue dans la salle de distraction peut aussi avoir des effets positifs tout au long de la vie d’un enfant ou d’un adolescent.

« Si c’est la première visite de l’enfant à l’urgence et que cette expérience est pos-itive et peu stressante, il y a davantage de chances qu’il soit moins anxieux ou moins craintif lors d’une prochaine intervention. »

Elle ajoute que ces bénéfices peuvent se prolonger jusqu’à l’âge adulte. « En réduisant la peur et la douleur chez l’enfant, nous diminuons le risque qu’il garde un souvenir négatif de son expérience. Nous contribuons ainsi à préparer les enfants et leur famille à vivre plus sereinement leurs interactions avec le système de santé tout au long de leur vie. »

Denise Kudirka, la Dre Laurie Plotnick et Kelly Cummins faisaient partie du comité chargé de mettre en place la salle de distraction au service des urgences pour les patients et leurs familles.

La salle de distraction est utilisée depuis près d’un an et les membres du personnel qui y ont recours soulignent unanimement ses nombreux avantages. Plusieurs affirment qu’elle est simple à utiliser et qu’ils n’ont plus besoin de chercher ou d’apporter d’autres outils de distraction dans la salle.

La Dre Plotnick souhaiterait que d’autres salles du service des urgences ainsi que d’autres espaces de l’hôpital soient aménagés selon le même concept.

« J’espère que le succès de notre salle de distraction servira de tremplin à d’autres départements de l’hôpital afin qu’ils adoptent une approche similaire, car elle s’est révélée être un élément très efficace dans nos soins. »

Cet article a été rédigé à l’origine pour l’édition été 2026 du magazine Chez nous.

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