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La Dre Lucie Nadeau est pédopsychiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME), où elle se spécialise en psychiatrie transculturelle et en santé dans les régions nordiques.
Au début de sa carrière, la Dre Nadeau a travaillé à la clinique transculturelle de l’ancien site de l’HME. Cette expérience l’a amenée à intervenir dans des CLSC de certains quartiers multiculturels de Montréal, aux côtés de deux collègues psychiatres. « Pour les familles immigrantes et les personnes réfugiées, il n’est pas toujours facile de se rendre à l’hôpital pour les soins de leur enfant. Nous avons donc choisi de travailler à proximité de leurs milieux de vie afin de mieux les soutenir », explique-t-elle.
En 2001, la Dre Nadeau a commencé à collaborer avec des communautés autochtones. L’un de ses pre-miers projets portait sur la prévention du suicide dans la communauté Atikamekw de Wemotaci. Ce projet a ensuite été intégré à une initiative scolaire. En 2008, elle a entrepris un rôle de consultante en pédopsychiatrie au Nunavik, où elle offre des services cliniques aux familles, aux enfants et aux jeunes des sept communautés de la côte de la baie d’Hudson.
Une communauté de pratique en santé mentale des jeunes
« Les soins collaboratifs constituent un aspect essentiel de ma carrière », affirme la Dre Nadeau. « J’ai mené des recherches sur ce sujet à Montréal et, plus récemment, presque tous mes travaux portent sur le Nunavik. Notre principal projet est une communauté de pratique appelée Atautsikut, un mot en inuktitut qui signifie “être ensemble”. »
Le projet Atautsikut est un projet de recherche participative dont le comité consultatif est composé de collaborateurs et de chercheurs représentant les différents secteurs et établissements engagés dans la santé mentale et le bien-être des jeunes au Nunavik. Lancé en 2019, ce projet a été conçu pour les intervenants de première ligne, tant inuit que non inuit.
« Les intervenants demandaient davantage de soutien, mais souhaitaient aussi approfondir leurs connaissances en santé mentale et se sentir mieux préparés à faire face à ces enjeux », explique la Dre Nadeau.

« L’idée de notre communauté de pratique est de nous réunir pour discuter de différents sujets liés à la santé mentale des jeunes et apprendre ensemble. Dans la mesure du possible, nous choisissons les thèmes en fonction des besoins et des intérêts exprimés par les participants. » Parmi les sujets récemment abordés figurent la maternité au Nunavik, les hospitalisations dans le sud du Québec, l’art et la guérison, la réalité des jeunes hommes au Nunavik, la gestion de la colère, l’intervention de crise auprès des jeunes, ainsi que les traumatismes et le deuil.
Les grandes distances qui séparent les communautés du Nunavik font en sorte que la plupart des rencontres se tiennent en mode virtuel. « À tout moment, notre communauté de pratique peut réunir des travailleuses et travailleurs sociaux, des intervenants communautaires, des conseillères et conseillers scolaires, des infirmières et infirmiers, des médecins, des intervenants de la petite enfance ainsi que d’autres professionnels directement engagés dans la pratique clinique. » Des représentants des maisons de la famille dirigées par des Inuits et ancrées dans les communautés de la région y participent également.
L’artiste Mary Paningajak siège au comité et illustre les sujets abordés lors des rencontres. « Les images et les récits sont tous deux des outils importants au sein de notre communauté de pratique », souligne la Dre Nadeau. Mme Paningajak est également la créatrice du logo d’Atautsikut, qui représente plusieurs fleurs poussant ensemble.
Les recherches de la Dre Nadeau portent sur l’évaluation de la mise en œuvre de cette communauté de pratique au moyen d’entrevues individuelles et de groupe avec les participants, ainsi que par l’observation participative.
Un stage en région nordique
La Dre Nadeau est également responsable d’une partie du stage en milieu rural que doivent effectuer tous les résidents en psychiatrie. Depuis 15 ans, elle coordonne le « Northern Track », un parcours qui offre aux résidents la possibilité d’effectuer un stage dans des communautés d’Eeyou Istchee et du Nunavik, ainsi qu’en Abitibi, soit en se rendant sur place, soit en travaillant par télésanté.
Trois demi-journées de formation sont également organisées chaque année à l’intention des résidents et de leurs superviseurs afin de discuter de différents enjeux liés à la santé mentale et au bien-être des peuples autochtones. Des professionnels autochtones y sont souvent invités comme conférenciers. « Nous ouvrons aussi certaines de ces séances à l’ensemble des résidents en psychiatrie afin que ceux qui n’ont pas participé au Northern Track puissent mieux comprendre le travail clinique auprès des populations autochtones. »
Mieux faire connaître les réalités autochtones
L’an dernier, la Dre Nadeau a été invitée à s’adresser à un groupe de juges siégeant à la Commission d’examen des troubles mentaux (CETM) du Tribunal administratif du Québec, afin de les sensibiliser davantage aux réalités culturelles des personnes qu’ils sont appelés à évaluer.
Cet article a été rédigé à l’origine pour l’édition été 2026 de Chez nous.